La place et le rôle du
spécialiste de l’information documentaire dans la société de l’information Par
Mathieu MEHISSOU
Il nous
semble important de commencer par préciser de quel spécialiste il est question,
avant toute chose, car le concept de la Société de l’Information ne recouvre
pas nécessairement les mêmes réalités selon qu’on est Ingénieur des
télécommunications ou Informaticien par exemple. Le spécialiste de
l’information Documentaire, c’est bien entendu le Bibliothécaire, l’Archiviste
et le Documentaliste, pour nous en tenir à la situation existant avant l’ère de
la Société de l’Information. Notre causerie revient donc à explorer les
responsabilités de ces spécialistes-là face à la Société de l’Information. Et
pour cela, il convient que dans un premier temps, on caractérise cette Société
de l’Information en fonction de ces professionnels et que, dans un second temps
on en déduise les responsabilités qui en découlent pour eux.
Pour
répondre à cette question, nous allons largement explorer l’article de Hubert
FONDIN, Enseignant-Chercheur à L’IUT « B » de l’Université de
Bordeaux III. Article que vous retrouverez dans la revue professionnelle Documentaliste,
vol.24, n°1 de Janvier-Février 1987, aux pages 3 à 10. Il a pour titre :
L’Evolution des systèmes et des métiers du traitements de l’information :
la crise du monde documentaire (et bibliothécaire). Hubert FONDIN note
que l’évolution s’est faite en deux mutations : La première, qui date de
la fin des années 1950, « se caractérise par l’utilisation de
l’informatique pour le traitement des données et le développement scientifique
et technique (IST) ». Quelles en furent les conséquences ? On assista
alors à :
La seconde
mutation commence, elle, à la charnière des années 1970 et 1980. « Elle se
caractérise par l’introduction des nouvelles technologies et par l’émergence du
concept d’information fluide ». « Toute structure de transfert de
l’information est ou sera équipée d’un micro-ordinateur, appareil
multifonctions (outil d’interrogation, de traitement de texte et d’image, de
gestion, de composition d’émission et de réception de messages ou de documents)
véritable plaque tournante, charnière de tout un réseau de communications
électroniques qui reliera la structure soit à des machines ressources, soit à
des personnes, soit à d’autres structures de transfert ».
A propos de
l’émergence du concept « d’information fluide » :
« l’information va devenir un fluide comme l’eau, le gaz ou l’électricité
indispensable à la vie, distribuée aussi largement et disponible moyennant le
paiement d’une taxe de raccordement au réseau et celui du volume d’information
consommé. L’information et son transfert vont devenir un service public payant
avec des caractéristiques particulières ; haut niveau de pertinence,
exploitation immédiate, diffusion instantanée, validité garantie et accès
permanent ».
Bref,
« les nouvelles technologies, par leur nature même, modifient les
frontières entre les professions jusqu’ici reconnues (ex : l’éditeur et
l’imprimeur avec l’édition électronique ; le graphiste, le documentaliste
ou le journaliste pour la constitution de pages-écran vidéotex) ; elles
facilitent la spécialisation, offrent des services beaucoup plus nombreux et
proches des utilisateurs ; elles permettent la décentralisation grâce à la
télémessagerie, la téléconférence, ou la télécopie et la
personnalisation ; elles permettent enfin la mémorisation de tous les
types de documents et de signes (image, son, texte). Evidemment toutes ces
mutations ne sont pas sans conséquences pour la profession ! Conséquences
sur les pratiques et les techniques et aussi sur les personnels et les usagers.
En effet, on assiste au développement de l’information électronique, à
l’avènement d’une « documentation sans papier ». Le métier se
spécialise et se technicise de plus en plus ; la conception et
l’organisation d’un système d’information sans spécialiste ne sont pus aberrantes ;
la part de l’information secondaire (notice bibliographique) connaît une
diminution relative ; certaines techniques de base dont l’utilité
n’apparaît plus évidente sont remises en cause (catalogage, classification,
bibliographie) ; la capacité de repérage de l’information est en
croissance marquée : les sources, en particulier les banques de données,
sont en nombre de plus en plus important et couvrent progressivement tous les
domaines utiles. Quant aux usagers, ils ont aujourd’hui la possibilité d’avoir
un accès direct aux sources d’information (banques de données ...) et les
organismes traditionnels (bibliothèque, centre de documentation) deviennent de
moins en moins utiles. Voilà, schématiquement, ce que la société de
l’information représente pour le spécialiste de l’information documentaire.
Comment y faire face ?
L’innovation
technologique suscite naturellement des réactions car elle modifie les rapports
de forces, elle offre des perspectives nouvelles d’activité, elle change la
nature des services proposés, elle crée de nouveaux besoins en interpellant de
toutes les façons l’ensemble des partenaires du développement. C’est de même
que les professionnels de l’information sont affectés dans leur rôle, fonction
ou comportement social : ils ont le devoir de s’adapter :
- L’aspect communication
- L’aspect analyse de l’information : analyse de contenu
- La conception : conception de bases de données, de systèmes d’information et/ou de communication
- L’adaptation/adéquation du produit et du public visé
- La promotion-évaluation (enquête, sondage, marketing)
- La structuration des connaissances (menu, recherche)
- L’aide à la recherche de l’information pour les usagers qui ne veulent ou ne peuvent l’effectuer eux mêmes.
L’on
pourrait alors assister à la création d’un nouveau métier et à la constitution
d’une nouvelle profession, celle de « la gestion de l’information
électronique ». Il ne reste donc plus au spécialiste de l’information
documentaire qu’à s’adapter à ce nouvel environnement par une mutation mentale,
psychologique et à réclamer un recyclage professionnel ou à demander une autre
formation.
Il existe un
deuxième ordre d’obligations : celles déontologiques que nous emprunterons
au code de l’ECIA (European Council of Information Association) In
Documentaliste-Sciences de l’Information, 2000 vol37, n°1, pp 42-43. Selon ce
code, « tous les professionnels de l’information documentaire devraient,
dans toutes leurs pratiques professionnelles, se conduire honnêtement,
honorablement et d’une façon qui vaille du crédit à la profession :
notamment honorer tout engagement librement consenti, prendre toutes
précautions utiles pour éviter d’être impliqués dans des conflits d’intérêts
..., ne pas donner une fausse image de leurs capacités et ne se charger
d’aucune tâche qui dépasse leur niveau de compétence professionnelle ; ne
pas dénigrer d’autres professionnels, assurer la tenue à jour de leurs
connaissance et savoir-faire professionnels. Dans leurs rapports avec leur
employeur, les professionnels de l’information documentaire devraient agir pour
servir au mieux ses intérêts. Néanmoins, si celui-ci leur demande de se
comporter de façon contraire à l’éthique ou au professionnalisme, remettre en
question leur situation ... ne jamais accepter de dessous-de-table mais
coopérer avec des collègues quand c’est nécessaire, spécialement dans l’intérêt
du client. D’une manière générale, dans leurs rapports avec les tiers, ils
devraient reconnaître et corriger toute erreur accidentelle ; citer leurs
sources, ne pas utiliser de sources non publiées sans la permission de leurs
possesseurs, respecter les lois du pays dans lequel ils travaillent
spécialement celles qui concernent le droit de copie, la protection des
données, la confidentialité et la liberté de l’information.
En
conclusion, « le devenir de la profession dépend de celui des moyens de
communications, de l’informatique et de l’audiovisuel. Que doivent faire les
spécialistes de l’information documentaire pour contribuer à la satisfaction
des besoins en information de la société. » ?
Source :
Association pour le Développement des Activités Documentaires au Bénin