mercredi 4 septembre 2013



La place et le rôle du spécialiste de l’information documentaire dans la société de l’information Par Mathieu MEHISSOU

Il nous semble important de commencer par préciser de quel spécialiste il est question, avant toute chose, car le concept de la Société de l’Information ne recouvre pas nécessairement les mêmes réalités selon qu’on est Ingénieur des télécommunications ou Informaticien par exemple. Le spécialiste de l’information Documentaire, c’est bien entendu le Bibliothécaire, l’Archiviste et le Documentaliste, pour nous en tenir à la situation existant avant l’ère de la Société de l’Information. Notre causerie revient donc à explorer les responsabilités de ces spécialistes-là face à la Société de l’Information. Et pour cela, il convient que dans un premier temps, on caractérise cette Société de l’Information en fonction de ces professionnels et que, dans un second temps on en déduise les responsabilités qui en découlent pour eux.
- I - Qu’est-ce que la Société de l’Information pour le Spécialiste de l’information Documentaire ?
Pour répondre à cette question, nous allons largement explorer l’article de Hubert FONDIN, Enseignant-Chercheur à L’IUT « B » de l’Université de Bordeaux III. Article que vous retrouverez dans la revue professionnelle Documentaliste, vol.24, n°1 de Janvier-Février 1987, aux pages 3 à 10. Il a pour titre : L’Evolution des systèmes et des métiers du traitements de l’information : la crise du monde documentaire (et bibliothécaire). Hubert FONDIN note que l’évolution s’est faite en deux mutations : La première, qui date de la fin des années 1950, « se caractérise par l’utilisation de l’informatique pour le traitement des données et le développement scientifique et technique (IST) ». Quelles en furent les conséquences ? On assista alors à :
- une image valorisée de la documentation ;
- une nouvelle conception du métier : il s’agit non plus de conserver mais de retrouver et diffuser ; ce qui amène le développement et la mise au point de nouveaux outils, de nouveaux produits, de nouveaux concepts : thésaurus, les consignes d’analyse, la recherche en ligne, la coopération, le réseau d’information.
La seconde mutation commence, elle, à la charnière des années 1970 et 1980. « Elle se caractérise par l’introduction des nouvelles technologies et par l’émergence du concept d’information fluide ». « Toute structure de transfert de l’information est ou sera équipée d’un micro-ordinateur, appareil multifonctions (outil d’interrogation, de traitement de texte et d’image, de gestion, de composition d’émission et de réception de messages ou de documents) véritable plaque tournante, charnière de tout un réseau de communications électroniques qui reliera la structure soit à des machines ressources, soit à des personnes, soit à d’autres structures de transfert ».
A propos de l’émergence du concept « d’information fluide » : « l’information va devenir un fluide comme l’eau, le gaz ou l’électricité indispensable à la vie, distribuée aussi largement et disponible moyennant le paiement d’une taxe de raccordement au réseau et celui du volume d’information consommé. L’information et son transfert vont devenir un service public payant avec des caractéristiques particulières ; haut niveau de pertinence, exploitation immédiate, diffusion instantanée, validité garantie et accès permanent ».
Bref, « les nouvelles technologies, par leur nature même, modifient les frontières entre les professions jusqu’ici reconnues (ex : l’éditeur et l’imprimeur avec l’édition électronique ; le graphiste, le documentaliste ou le journaliste pour la constitution de pages-écran vidéotex) ; elles facilitent la spécialisation, offrent des services beaucoup plus nombreux et proches des utilisateurs ; elles permettent la décentralisation grâce à la télémessagerie, la téléconférence, ou la télécopie et la personnalisation ; elles permettent enfin la mémorisation de tous les types de documents et de signes (image, son, texte). Evidemment toutes ces mutations ne sont pas sans conséquences pour la profession ! Conséquences sur les pratiques et les techniques et aussi sur les personnels et les usagers. En effet, on assiste au développement de l’information électronique, à l’avènement d’une « documentation sans papier ». Le métier se spécialise et se technicise de plus en plus ; la conception et l’organisation d’un système d’information sans spécialiste ne sont pus aberrantes ; la part de l’information secondaire (notice bibliographique) connaît une diminution relative ; certaines techniques de base dont l’utilité n’apparaît plus évidente sont remises en cause (catalogage, classification, bibliographie) ; la capacité de repérage de l’information est en croissance marquée : les sources, en particulier les banques de données, sont en nombre de plus en plus important et couvrent progressivement tous les domaines utiles. Quant aux usagers, ils ont aujourd’hui la possibilité d’avoir un accès direct aux sources d’information (banques de données ...) et les organismes traditionnels (bibliothèque, centre de documentation) deviennent de moins en moins utiles. Voilà, schématiquement, ce que la société de l’information représente pour le spécialiste de l’information documentaire. Comment y faire face ?
- II- Quelles responsabilités lui incombent-elles ?
L’innovation technologique suscite naturellement des réactions car elle modifie les rapports de forces, elle offre des perspectives nouvelles d’activité, elle change la nature des services proposés, elle crée de nouveaux besoins en interpellant de toutes les façons l’ensemble des partenaires du développement. C’est de même que les professionnels de l’information sont affectés dans leur rôle, fonction ou comportement social : ils ont le devoir de s’adapter :
- Adaptation technique qui ne fera plus obligation à l’usager de se rendre dans l’institution pour consulter des fichiers manuels, pour obtenir l’information ou le document.
- Adaptation structurelle : les organismes, les outils ne devant plus être conçus par et pour les documentalistes/bibliothécaires, mais en fonction des usagers ; toute l’énergie ne devant plus être orientée vers la conception et la constitution des fichiers
- Adaptation de la formation : ce qui doit importer, c’est moins le contenant que le contenu, c’est moins d’acquérir et de posséder des documents que de savoir retrouver l’information car, aujourd’hui, on peut supposer qu’un service d’information n’ait aucun document immédiatement disponible, aucun document à gérer. La formation doit contribuer à changer l’image de marque de la profession et veiller à montrer que les préoccupations techniques sont au service d’un objectif social, culturel et scientifique et non pas un but en soi, montrer que les structures d’information sont orientées plutôt vers la disponibilité de l’information spécialisée, personnalisée. Cela requiert des savoir-faire plus strictement liés à
  • L’aspect communication
  • L’aspect analyse de l’information : analyse de contenu
  • La conception : conception de bases de données, de systèmes d’information et/ou de communication
  • L’adaptation/adéquation du produit et du public visé
  • La promotion-évaluation (enquête, sondage, marketing)
  • La structuration des connaissances (menu, recherche)
  • L’aide à la recherche de l’information pour les usagers qui ne veulent ou ne peuvent l’effectuer eux mêmes.
L’on pourrait alors assister à la création d’un nouveau métier et à la constitution d’une nouvelle profession, celle de « la gestion de l’information électronique ». Il ne reste donc plus au spécialiste de l’information documentaire qu’à s’adapter à ce nouvel environnement par une mutation mentale, psychologique et à réclamer un recyclage professionnel ou à demander une autre formation.
Il existe un deuxième ordre d’obligations : celles déontologiques que nous emprunterons au code de l’ECIA (European Council of Information Association) In Documentaliste-Sciences de l’Information, 2000 vol37, n°1, pp 42-43. Selon ce code, « tous les professionnels de l’information documentaire devraient, dans toutes leurs pratiques professionnelles, se conduire honnêtement, honorablement et d’une façon qui vaille du crédit à la profession : notamment honorer tout engagement librement consenti, prendre toutes précautions utiles pour éviter d’être impliqués dans des conflits d’intérêts ..., ne pas donner une fausse image de leurs capacités et ne se charger d’aucune tâche qui dépasse leur niveau de compétence professionnelle ; ne pas dénigrer d’autres professionnels, assurer la tenue à jour de leurs connaissance et savoir-faire professionnels. Dans leurs rapports avec leur employeur, les professionnels de l’information documentaire devraient agir pour servir au mieux ses intérêts. Néanmoins, si celui-ci leur demande de se comporter de façon contraire à l’éthique ou au professionnalisme, remettre en question leur situation ... ne jamais accepter de dessous-de-table mais coopérer avec des collègues quand c’est nécessaire, spécialement dans l’intérêt du client. D’une manière générale, dans leurs rapports avec les tiers, ils devraient reconnaître et corriger toute erreur accidentelle ; citer leurs sources, ne pas utiliser de sources non publiées sans la permission de leurs possesseurs, respecter les lois du pays dans lequel ils travaillent spécialement celles qui concernent le droit de copie, la protection des données, la confidentialité et la liberté de l’information.
En conclusion, « le devenir de la profession dépend de celui des moyens de communications, de l’informatique et de l’audiovisuel. Que doivent faire les spécialistes de l’information documentaire pour contribuer à la satisfaction des besoins en information de la société. » ?




Source : Association pour le Développement des Activités Documentaires au Bénin


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